Pourquoi j’ai caché mon compte à ma fille ?

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Il y a quelques semaines, j’ai vécu une situation toute simple, presque banale, mais qui m’a profondément fait réfléchir. J’étais sur mon téléphone, tranquillement en train de consulter mon compte bancaire, quand ma fille passe derrière moi et me dit :
– Maman, je peux voir ?

Et là, sans réfléchir, j’ai tourné mon téléphone, presque comme un réflexe. Comme si ce que j’étais en train de faire ne la concernait pas. Comme si c’était… interdit. Trop personnel.

Sur le moment, je n’ai pas relevé. Mais quelques instants plus tard, cette scène m’est revenue en pleine figure. Et une question m’a frappée :
Pourquoi j’ai fait ça ?

Ce réflexe qu’on ne questionne pas

La première chose qui m’est venue, c’est la peur. La peur qu’elle aille dire à quelqu’un combien il y a sur mon compte. Parce qu’elle l’a déjà fait, de manière très innocente. À l’époque où elle recevait encore ses relevés bancaires par courrier, elle avait raconté à sa grand-mère ou à un cousin combien elle avait sur son livret A. Ce n’était pas mal intentionné, c’était juste… de l’innocence.

Mais alors, pourquoi ce geste de protection presque automatique ?
Moi qui parle d’éducation financière, qui souhaite transmettre à mes enfants des outils puissants pour grandir en conscience… pourquoi ce mouvement de repli ?
Est-ce que, quelque part, je considère encore que l’argent est un sujet d’adultes ? Que mon argent ne regarde que moi ?
Est-ce une question d’intimité, de sécurité, de méfiance héritée ?

Et surtout, qu’est-ce que ce geste dit à ma fille ? Que l’argent, c’est quelque chose qu’on cache ? Qu’on tait ?
Que ce n’est pas un sujet dont on parle librement, même en famille ?

Mettre en lumière mes propres blocages

Ce moment a été un déclic. J’ai compris que si je ne travaille pas sur mes propres blocages, je risque de lui transmettre, malgré moi, un rapport à l’argent teinté de gêne, de silence… voire de tabou.

Et ce n’est pas ce que je veux.
Je veux qu’elle grandisse avec un rapport à l’argent libre, sain, réfléchi.
Qu’elle sache que gérer son argent, c’est une compétence.
Que ce n’est pas seulement une affaire de chiffres, mais aussi de choix, de priorités, de conscience.

Une nouvelle routine, ensemble

À partir de là, j’ai décidé de changer les choses.
Le mois suivant, lors de ma routine budget, je l’ai invitée à s’asseoir à côté de moi.

Je lui ai expliqué, simplement :

  • Les charges fixes
  • Les dépenses liées à elle et à sa sœur
  • Les courses, les transports
  • L’épargne, les projets
  • Et même les arbitrages, ces décisions qu’on prend quand on diffère une envie pour respecter un objectif

Elle n’a pas tout compris, bien sûr. Mais elle a posé des questions. Elle a réfléchi. Et parfois, sa logique m’a surprise.

Elle a vu que derrière chaque dépense, il y a une intention. Une stratégie.
Elle a vu que l’argent ne tombe pas du ciel, qu’il ne répond pas à toutes les envies, mais qu’il sert des choix.

Transmettre autrement

Je me rends compte que dans ma culture, antillaise et plus largement francophone, on parle peu d’argent. Encore moins de ce que l’on gagne. C’est souvent vu comme impudique, voire déplacé.

Et même si aujourd’hui je lui montre les catégories de dépenses et les postes budgétaires, je ne lui ai pas encore montré mes revenus.
Pas parce que je ne veux pas. Mais parce qu’au fond, j’ai encore cette peur que cette information sorte, soit mal interprétée, ou simplement jugée.

Je crois aussi que mes revenus touchent à quelque chose de plus intime : mon confort, mes choix, ma réussite. Et je réalise que je n’ai pas encore totalement déconstruit cette idée que réussir financièrement, c’est un sujet qu’on garde pour soi.

Mais si je ne lui explique pas tout cela, qu’est-ce qu’elle va comprendre ?
Va-t-elle croire que parler d’argent est honteux ? Que l’argent qu’on gagne, c’est quelque chose qu’on doit cacher ?

Choisir consciemment ce que je transmets

Je n’ai pas encore toutes les réponses. Mais ce que je sais, c’est que je veux que ma posture évolue.

Je veux que mes enfants comprennent que l’argent n’est pas un sujet interdit, mais un outil puissant, qu’on peut apprendre à manier avec lucidité et liberté.

Et pour ça, je dois continuer ce travail sur moi. Continuer à interroger mes réflexes, mes peurs, mes croyances.
Parce que je sais que le rapport à l’argent qu’elle construit aujourd’hui, c’est celui qu’elle portera dans sa vie d’adulte.

Je ne veux plus cacher.
Je ne veux pas juste leur dire que l’argent est important.
Je veux leur montrer comment je le gère. Leur montrer que l’argent, ce n’est pas qu’une question de dépenses ou de revenus : c’est une façon de penser, une manière de décider, un levier pour choisir sa vie.

Et tout commence par une toute petite chose : oser les inclure.
Dans les décisions, les discussions, les actes de gestion du quotidien.

Parce que transmettre, ce n’est pas seulement expliquer.
C’est aussi montrer, faire ensemble, et questionner avec elles ce que je n’ai jamais remis en question avant.

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